Allaitement et sexualité : plaisirs avant… plaisirs après !
La sexualité fait partie intégrante de la vie de couple. Il est tout à fait légitime de se questionner sur notre avenir alors que notre duo s’est transformé en famille. Combien de temps dure l’adaptation ? Est-il possible de vivre une sexualité satisfaisante une fois le bébé arrivé ? // Paru dans le Periscoop automne 2009, volume 13 numéro 2, écrit par Geneviève Labelle sexologue M.A. ( c ) et accompagnante à la naissance.
Ce qui influence la sexualité
D’abord, physiquement, plusieurs changements sont à considérer. Le périnée a subi un étirement qu’on peut qualifier d’extrême et il est probablement sensible. Des points de suture ont peut-être été nécessaires et doivent cicatriser. Plus globalement, le corps a subi de grands changements et, même si le bébé est né, le ventre n’a pas encore repris sa forme. Retrouver sa taille peut prendre plusieurs mois et, très probablement, ce ne sera plus celle d’avant. Sans oublier la fatigue extrême : un bébé naissant fait toujours ses nuits, mais rarement les nôtres… Un sommeil sans cesse interrompu ne contribue guère à une sexualité épanouissante.
Psychologiquement aussi, beaucoup d’adaptations sont nécessaires. L’acclimatation au rôle de mère est très exigeante. Difficile de se considérer comme un être sexué quand on consacre ses journées à répondre aux besoins perpétuels d’un nouveau-né. Il faut beaucoup de patience et de souplesse pour apprivoiser sa nouvelle vie, pour y trouver sa place. Plusieurs femmes auront de la difficulté à se sentir belles et désirables dans ce contexte. Certaines femmes auront de la difficulté à considérer que leurs seins puissent être un objet de désir et se sentiront gênées par le lait qui coule, alors que d’autres découvriront à cette occasion des sensations nouvelles qui susciteront la curiosité et seront le point de départ de belles découvertes sensorielles.
L’influence de la société est bien présente. Les attentes envers les nouveaux parents sont élevées et frôlent bien souvent l’irréalisme. Les publicités renforcent la perception voulant que la nouvelle maman devrait être sexy, souriante, volontaire et garder une maison impeccable. On n’a qu’à regarder ( entre autres ) les publicités de yogourt ou de produits ménagers pour s’en convaincre ( celle où l’on voit une femme recevoir une vadrouille à son « shower » se passe de commentaire ). Une attitude rigide, le stress, la quête de perfection, sont des obstacles à la sexualité. Lorsqu’on se fixe des objectifs de vie inatteignables, il y a fort à parier qu’ils demanderont des efforts surhumains. Il se pourrait aussi que la sexualité soit sacrifiée à leurs profits. Aussi, si l’on finit par croire qu’en deçà des images de « beauté » que les magazines nous proposent, il n’est pas possible d’être attirante, il pourrait être difficile de se sentir belle et désirable, tout comme de croire que notre partenaire puisse éprouver du désir à notre égard.
Et les pères dans tout ça ?
Les pères vivront aussi les chamboulements émotifs et l’effet des nuits sans sommeil. Plusieurs jetteront un regard différent sur leur conjointe. Ils pourraient éprouver de la difficulté à érotiser la mère de leur enfant, mais pourraient aussi voir leur désir influencé par l’amplification de leur amour et de leur fierté envers leur douce moitié. Si leur désir ne peut s’actualiser, il est possible de laisser cette envie exister. Il est des désirs qu’on peut porter longtemps, ils n’en sont pas moins beaux. Communiquer son désir, exprimer à sa conjointe qu’on a envie d’elle, tout en respectant ses limites, apparaît comme une clé importante. On a souvent vu des conjoints bien intentionnés se tenir à distance de leur conjointe pour respecter son rythme malgré leur désir bien présent, et ces mêmes conjointes ne pas oser s’approcher, persuadées que leur amoureux ne les désirait pas…
Les publicités renforcent la perception voulant que la nouvelle maman devrait être sexy, souriante, volontaire et garder une maison impeccable.
La sexualité a-t-elle un avenir ?
Certaines femmes retrouveront une vie sexuelle active quelques semaines après l’accouchement, d’autres verront plusieurs semaines s’écouler, voire plusieurs mois avant de reprendre les relations sexuelles. Lorsqu’on parle de sexualité post-partum, on a tendance à imaginer le premier mois. Effectivement, le corps prend entre 4 et 6 semaines pour effectuer la majeure partie de sa guérison, mais plusieurs mois peuvent être nécessaires avant que tout rentre dans l’ordre. Il faut aussi tenir compte de l’adaptation psychologique, qui peut prendre jusqu’à un an. Sans oublier qu’une fois qu’on a des enfants, plusieurs ajustements seront nécessaires au fil des années. Par contre, les douleurs physiques ne devraient pas durer indéfiniment et le périnée devrait se raffermir. Plusieurs exercices existent afin de remettre le périnée en forme et le tonifier. Il est important de les faire adéquatement sans quoi ils ne seront pas efficaces. Certains physiothérapeutes et ostéopathes ont développé une expertise intéressante en rééducation périnéale. Quelques séances suffisent généralement pour obtenir des résultats satisfaisants. La contraception est aussi une préoccupation. Plusieurs options sont possibles. L’allaitement offre une protection relative, et il est possible de s’informer auprès de l’organisme Séréna. Plusieurs autres choix existent. La vie change, les besoins changent, il s’agit d’un bon moment pour réfléchir au moyen qui conviendra le mieux.
Il peut être sage de se rappeler que le désir sexuel n’est habituellement pas statique. Il fluctue selon le moment de la journée, au fil des jours, des mois, des années. Selon les aléas de la vie. L’envie de l’autre se vit différemment si on perd un être cher, si on a des soucis au bureau, si on est en lune de miel, si on vit un moment de félicité, etc. La grossesse, puis l’arrivée d’un nouveau-né s’inscrivent dans cette trajectoire. Il est important de ne pas perdre de vue que le désir peut toujours revenir et qu’il se peut aussi qu’à certaines périodes de la vie, l’amour et l’affection s’actualisent différemment.
Nous vivons dans une société de séparation. Il faut travailler et garder du temps pour soi, du temps de couple et du temps pour les enfants. Écartelées entre ces sphères, toutes d’égale importance, bien des femmes et des hommes risquent de se retrouver insatisfaits. Pourquoi ne pas tenter d’intégrer sa vie de couple à sa vie de famille, à son quotidien ? Les soupers ou les fins de semaines d’amoureux peuvent être agréables, mais, pour être réalistes, ces moments ne risquent pas de se présenter si fréquemment, et attendre après eux pour vivre sa vie de couple risque d’occasionner bien des frustrations. Il est possible de créer un espace pour son couple à l’intérieur de sa famille, de développer de nouvelles habitudes qui permettront de se sentir proches même en présence de bébé. D’abord, développer des activités communes qui sont possibles à la maison et qu’on peut interrompre pour prendre soin de son bébé (écouter de films, des séries DVD, jardiner, cuisiner, jouer à des jeux vidéo, de société, etc.). Le fait de passer du temps ensemble contribue à conserver un lien, à créer une intimité, de la confiance, des occasions de communiquer. Ensuite, se toucher, idéalement chaque jour, permettra de garder contact. Une main sur l’épaule, un bisou en passant, un câlin en préparant le souper… Ces gestes permettent de partager de la tendresse et de communiquer notre envie de proximité.
Parmi les causes les plus répandues de la baisse du désir, on retrouve les conflits dans le couple et les frustrations accumulées.
Et la spontanéité dans tout cela ? Une fois que le bébé est couché, on dispose de trente minutes pour être spontané… ! Déprimant ? Pas nécessairement. Ne plus compter uniquement sur l’étincelle du moment permet d’aborder différemment les relations sexuelles. Se planifier des moments ensemble peut être une bonne idée. En fait, c’est un peu comme quand on planifie des vacances. On réserve du temps, qu’on souhaite être de qualité, et ensuite on voit ce qui est possible. Ça nous permet, entre autres, de se préparer psychologiquement et de savourer l’attente. Ces rendez-vous galants peuvent être vus comme une occasion de se réapprivoiser. Et si la pénétration est angoissante, si on a peur de la douleur, il est possible de s’entendre sur un certain type de caresse. Cela peut permettre de reprendre confiance en notre capacité d’éprouver du plaisir, de créer des occasions pour laisser doucement le plaisir regagner son corps… et laisser à notre amoureux une chance de nous séduire. Bien entendu, la communication occupe une place primordiale à cette période de la vie haute en émotions. Nommer ses émotions, ses attentes, ses doutes, ses peurs aide à se rapprocher du partenaire et à dessiner ensemble le chemin à suivre. Parmi les causes les plus répandues de la baisse du désir, on retrouve les conflits dans le couple et les frustrations accumulées. N’est-ce pas une bonne raison pour mettre les chances de son côté ? Peu importe le degré d’amour ou d’engagement dans un couple, il ne sera jamais possible de deviner ce que l’autre vit. Surtout dans un contexte où les paramètres habituels sont chamboulés par le chaos de la maternité.
En terminant, un petit mot sur le partage de la chambre à coucher avec le bébé, qui est tout à fait approprié. Pour plusieurs, dormir avec son bébé est une menace à la sexualité du couple. Ça peut être vrai. Certains pourraient utiliser la présence du bébé pour éviter les occasions de se rencontrer au détour des draps. Pour d’autres, le fait de partager le sommeil du bébé favorisera la récupération et diminuera la fatigue, ce qui pourrait influencer positivement les dispositions à l’égard d’une rencontre sexuelle. Pour plusieurs couples, ce sera aussi l’occasion de développer une belle créativité en explorant d’autres moments que celui de se mettre au lit et d’autres lieux que la chambre à coucher. Le sommeil partagé ne comportant pas d’absolu quant à son application, il est tout à fait possible de trouver des arrangements qui rendent possibles des moments intimes réservés aux parents.
Un bébé bouleverse assurément une vie sexuelle, des adolescents aussi…
Est-ce possible de vivre une sexualité satisfaisante et épanouie après l’arrivée d’un bébé ? Absolument ! D’autant plus si on garde en tête que cette période est courte et ne constitue qu’une infime partie de notre vie. L’adaptation à cette étape intense de la vie représente en fait les premiers balbutiements des adaptations incessantes qu’amènera la vie de famille. Un bébé bouleverse assurément une vie sexuelle, des adolescents aussi… La souplesse, la flexibilité, une collaboration mise en place à ce moment favoriseront la réussite évolutive de la vie sexuelle du couple.
Références
- Association des sexologues du Québec www.associationdessexologues.com
- Calais-Germain, Blandine, 1996. Le périnée féminin et l’accouchement. Anatomie pour le mouvement.Réédition : 2000, éditions Désiris, La Fresquière, France,160 p.
- Parpaix, François, 2004. Pour être de meilleurs amants : quand l’harmonie entre les corps conduit à l’harmonie entre les êtres. Paris, éditions Robert Laffont, 207 p.
- Regroupement professionnel des sexologues du Québec : www.rpsq.org
- Allaitement et contraception : www.serena.ca
- Contraception : www.fqpn.qc.ca

