Distinction pour la chercheuse en allaitement, Louise Dumas
L’influence de Louise Dumas Lu sur Le Droit // www.cyberpresse.ca, le 21 avril 2008 // Catherine Lamontagne
Les recherches de Louise Dumas dans le domaine de l’allaitement maternel sont reconnues internationalement.
Aujourd'hui, la Personnalité de la semaine LeDroit/Radio-Canada est Louise Dumas, professeure à l'Université du Québec en Outaouais qui recevra, le 7 mai prochain, le Prix Florence du rayonnement international accordé par l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.
Née dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, Louise Dumas n'était pas prédestinée à être infirmière, encore moins à devenir une chercheuse reconnue internationalement dans le domaine de l'allaitement maternel. Son père travaillant pour la société des transports de Montréal et sa mère dans un bureau, elle affirme être unique en son genre dans cette famille aux "liens tissés serrés".
"Je suis la spéciale de la famille, raconte-t-elle le sourire aux lèvres. Je suis la seule intéressée par les maladies, les progrès de la médecine et tout ce qui concerne les soins de la santé".
Étant la fille aînée d'une famille de trois enfants aux revenus modestes, elle doit travailler tout en complétant son baccalauréat en sciences infirmières à l'Université de Montréal. En quête d'une expérience à titre d'infirmière clinique et poussée par la curiosité, elle s'envole à l'âge de 23 ans en Alabama, aux États-Unis, pour y compléter une maîtrise en sciences infirmières avec mineure en éducation.
Le paysage qu'offre ce petit État du sud-est américain en 1973-1974 bouleverse Louise Dumas. "Je suis arrivée à une époque où les noirs étaient encore inférieurs aux blancs, où les personnes diabétiques avec peu d'argent ne pouvaient pas acheter leur traitement", se souvient-elle.
"On n'oublie jamais une expérience comme ça. Aujourd'hui, je suis encore en colère quand je vois des gens profiter du système de santé québécois mais au moins, je me dis qu'ici, pauvres et riches ont droit d'obtenir des soins de santé de qualité".
Lorsqu'elle revient au Canada, Mme Dumas cumule les remplacements et les charges de cours temporaire jusqu'en 1982 où elle obtient un poste de directrice adjointe des soins infirmiers dans le nouvel hôpital de Gatineau.
"Ça été magnifique ! L'hôpital de Gatineau était notre hôpital. On choisissait les couleurs des murs, les meubles, tout. Encore aujourd'hui, quand j'y retourne, je suis un peu nostalgique mais surtout fière de ce que nous avons réalisé", explique-t-elle.
Au cours de toutes ces années où elle sera à l'hôpital de Gatineau, puis à l'Université du Québec en Outaouais (UQO) à compter de 1988, un seul rêve hante son esprit. Elle veut rencontrer la chercheuse d'origine suédoise Anne-Marie Widström, une spécialiste de l'allaitement qui l'inspire tout particulièrement.
La chance se présente enfin, quelques années plus tard, lorsqu'elle doit se rendre en Suède pour un congrès.
"Mes parents m'ont toujours dit de pousser ma chance et c'est ce que j'ai fait. J'ai écrit un courriel à Mme Widström et quelques jours plus tard, j'avais une réponse et elle voulait me rencontrer. Je croyais qu'elle n'aurait pas le temps mais finalement j'ai réalisé qu'elle était comme moi, quelqu'un de simple et d'authentique", se souvient Mme Dumas.
Depuis près de six ans, la complicité entre les deux femmes continue. Sous l'invitation de Mme Widström, elle s'est jointe à une équipe de recherche suédo-russe et se rend annuellement en Suède pour travailler sur des études concernant la périnatalité et l'allaitement.
"Je me suis déjà fait dire de changer de créneau de recherche parce que la périnatalité et l'allaitement, ce n'était pas assez payant mais je sais que je suis capable de faire la différence auprès de mes élèves, et de mes proches. C'est l'essentiel", estime Louise Dumas.
Retour au naturel
Tant en Suède qu'au Canada, Louise Dumas tente depuis de nombreuses années de sensibiliser les nouveaux parents aux bienfaits de l'allaitement et du retour aux pratiques naturelles pour leur bébé. La population canadienne est toutefois beaucoup plus difficile à convaincre que les Suédois en raison de la publicité non réglementer.
Selon elle, le pouvoir qu'ont les compagnies sur les parents est incroyable. "Le Canada et le Québec ne réglementent absolument rien même lorsque les compagnies mentent au sujet de leur produit en disant qu'ils sont aussi bénéfiques pour la santé que l'allaitement", indique Mme Dumas.
La chercheuse de 58 ans ne perd pas espoir et espère être en mesure de continuer ses recherches au courant des cinq prochaines années. Après quoi, elle désire prendre un peu de repos. Depuis cinq ans, elle doit travailler deux fois plus à l'UQO pour être en mesure de payer ses séjours en Suède l'été, faute de subvention adéquate.
"Ils font la même affaire avec les professeurs d'université qu'avec les infirmières au Québec. On nous prend comme acquis comme on prend pour acquis que les infirmières doivent faire du temps supplémentaire étant donné qu'elles le font depuis des années. J'aimerais avoir une charge à mi-temps où me consacrer seulement à mes recherches mais on ne peut tout simplement pas ici", déplore-t-elle.
La fierté d’être mère
Même si elle a consacré sa vie au bien-être des nouvelles mamans et de leur poupon, Louise Dumas a elle aussi connu la joie d'être mère. La chercheuse, professeure et infirmière à connu les hauts et les bas du quotidien d'une maman monoparentale et est fière aujourd'hui de sa réussite. "Mes enfants, Julie et Mathieu, sont ma plus belle réalisation et ma plus grande fierté", affirme cette grand-maman d'un petit garçon et d'un nouveau bébé à venir en septembre prochain.
Le 8 mai, Louise Dumas s'envolera une autre fois pour la Suède. Pendant deux mois, elle poursuivra ses recherches dans le domaine de la périnatalité avec l'équipe du Dr Anne-Marie Widström.
Elle souhaite amener du changement et faire une différence dans son milieu et espère aussi mettre le Québec sur la carte. La veille, elle aura reçu le Prix Florence de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, une distinction qui souligne le rayonnement international de son travail.
"Ça sert à rien de vouloir changer la planète mais de réussir à influencer plusieurs personnes qui elles vont en influencer d'autres et ça, c'est quelque chose que je suis capable de faire. Et surtout, ça donne des résultats", conclut-elle.

