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Le quart des femmes ne souhaitent pas accoucher à l'hôpital

Ce n'est pas parce que 98 % des Québécoises accouchent à l'hôpital que c'est là leur premier choix, au contraire. Un sondage SOM mené pour le compte du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), dont Le Devoir a obtenu copie, montre que 24 % des femmes préféreraient donner naissance dans un lieu plus intime, soit en maison de naissance ou dans le confort de leur foyer.

Le peu d'écho accordé à ce sondage par le MSSS n'est pas étranger aux messages contradictoires qui circulent sur le sort qui sera réservé aux maisons de naissance dans le réseau de la santé. Techniquement, la loi prescrit que les sages-femmes doivent être attachées à une telle maison pour exercer leur art même quand elles pratiquent à l'hôpital ou à domicile. Mais au rythme où vont les choses, la Coalition pour la pratique sage-femme prédit un virage à 180 degrés en faveur des hôpitaux et des CLSC.

Sur le terrain, ce scénario est accueilli comme une catastrophe par nombre d'intervenantes, dont la coordonnatrice du regroupement Naissance-Renaissance, Geneviève Labelle. « On sent poindre du côté du ministère une volonté de changer le mandat des sages-femmes pour les réorienter dans les CLSC pour le suivi de la grossesse et dans les hôpitaux pour les accouchements. En somme, on sent qu'on se dirige tout droit vers la fin des maisons de naissance, qui sont pourtant la clé de voûte de notre système. »

Sur papier, rien ne laisse présager un tel virage si ce n'est le retard qu'accuse le ministre Philippe Couillard dans sa rédaction d'une politique de périnatalité attendue le printemps dernier et dont le dépôt a été une fois de plus reporté récemment. Dans une lettre datée de quelques mois seulement, M. Couillard réitérait quand même sa promesse de faire des maisons de naissance la pierre angulaire de son réseau.

Dans les faits toutefois, ce n'est pas du tout ce qui se produit, explique Mme Labelle. « Prenons l'exemple du projet de la maison de naissance Plateau Mont-Royal. On a rencontré l'Agence montréalaise, qui nous a dit que, finalement, il n'y aura pas de maison de naissance et que ce sont là des directives qui émanent directement du ministère. Pourtant, on a une lettre du ministre qui dit l'inverse. Qui faut-il croire ? »

Le surplace du gouvernement Charest dans ce dossier tend à encourager les inquiétudes de la coalition forte d'une dizaine d'organismes. Depuis la légalisation de la pratique de sage-femme en 1999, seules huit maisons de naissance ont ouvert leurs portes, pour la plupart issues des projets-pilotes déjà existants. De nombreux projets sont sur les tables à dessin un peu partout au Québec, mais le feu vert ne vient pas, faute de directives claires et de crédits financiers appropriés.

Résultat : cette année encore, seules 2 % des parturientes pourront accoucher avec une sage-femme à l'endroit qui leur plaît. C'est bien peu quand on compare ces chiffres à ceux de la firme SOM qui montrent que 15 % choisiraient plutôt la maison de naissance et 9 % leur foyer. « Non seulement on se retrouve avec des listes d'attente invraisemblables, mais on refuse des femmes. Le libre choix n'est que théorique au Québec », tranche Mme Labelle.

Le sondage intitulé Étude sur les attentes des femmes en âge de procréer à l'égard des services de périnatalité met beaucoup l'accent sur l'accouchement à l'hôpital, une avenue que le ministère défend un peu trop au goût du Regroupement Naissance-Renaissance. « Ça me choque de voir qu'on a misé sur l'accouchement à l'hôpital dans ce sondage et qu'on n'a pas fait le même exercice pour l'accouchement à domicile ou en maison de naissance. Il me semble qu'il aurait fallu compléter l'exercice pour que les comparaisons soient valables. »

En dépit de ce biais apparent, il est impossible de ne pas voir qu'une frange de la population québécoise ne veut rien savoir de l'hôpital. Ce sentiment est particulièrement fort du côté des femmes qui feraient affaire avec une sage-femme si elles en avaient le choix. Seulement 13 % d'entre elles choisiraient le milieu hospitalier contre 45 % la maison de naissance et 43 % leur domicile.

Pour Geneviève Labelle, ce sondage est à la fois une bénédiction et une gifle. « On est ravies de retrouver là des chiffres que nous véhiculons depuis des années, mais on est aussi choquées de voir que le ministère peut continuer à nier le désir des femmes d'accoucher ailleurs qu'à l'hôpital alors que son propre sondage montre qu'elles sont nombreuses à vouloir avoir leur enfant à la maison ou en maison de naissance. »

Cette enquête montre que les tergiversations du ministère ne sont pas le seul élément qui fait en sorte que la jeune profession a du mal à s'imposer. En effet, les sages-femmes ont encore bien du travail à faire pour gagner le coeur des Québécoises. Pas moins de 65 % des répondantes ont dit ignorer que la sage-femme a pour tâche d'assurer le suivi pendant la grossesse. Seules 9 % savaient que c'est elle qui assure aussi le suivi après l'accouchement. Toutes ou presque ignoraient que cette bachelière peut réparer le périnée ou réanimer un nouveau-né.

Le manque de visibilité des sages-femmes dans le système de santé est un autre problème majeur que rencontre Naissance-Renaissance. « Le ministère a fait faire une superbe publicité par le réalisateur Denis Villeneuve, mais elle n'est pas diffusée. Il y a aussi un dépliant sur la pratique de sage-femme qui traîne dans les back store des CLSC, mais aucun numéro de téléphone n'y figure et il n'est pas distribué parce que personne ne veut avoir à dire aux intéressées que le service n'est pas disponible », raconte Mme Labelle.

Aujourd'hui, la jeune profession est à un tournant. Ses huit maisons ont atteint un tel point de saturation qu'elles plafonnent à 1300 accouchements par année. Reste à savoir quelle avenue sera préconisée par le gouvernement pour sortir de l'impasse. Pour la coalition, la solution réside dans le renforcement du réseau de maisons de naissance et pas ailleurs. « La maison de naissance est la clé de voûte, c'est un lieu de formation, qui appartient aux femmes, qui est petit, qui ramène tout à l'échelle humaine, on ne peut tout simplement pas s'en passer », estime Geneviève Labelle.

Notons que l'enquête faite par SOM a été réalisée au moyen d'entrevues téléphoniques réalisées du 20 mai au 7 juin 2005 auprès de 1002 femmes de 18 à 45 ans. La marge d'erreur a été évaluée à 3,7 % à un niveau de confiance de 95 %.


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